Pro Brands

Wearables : 1 milliard leve, 80% sur 3 deals seulement

Le secteur des wearables a levé 1 milliard en 5 mois, mais 80% est allé à 3 deals. Ce que ça signifie pour les marques fitness.

A sleek smartwatch and fitness tracker band arranged on a warm cream surface in soft golden light.

Wearables : 1 milliard levé, 80% sur 3 deals seulement

En cinq mois, le marché des wearables fitness a absorbé plus d'un milliard de dollars. Sur le papier, c'est spectaculaire. Mais quand tu creuses les chiffres, la réalité est beaucoup plus froide : la quasi-totalité de cet argent s'est concentrée sur trois deals. Le reste du marché tourne à sec.

Pour les marques fitness qui envisagent de jouer la carte hardware ou de nouer des partenariats technologiques, cette structure dit quelque chose de fondamental sur où vont les paris des investisseurs en 2026.

Un milliard en cinq mois : les chiffres bruts

Entre janvier et mai 2026, le secteur des wearables a enregistré environ 1,01 milliard de dollars levés sur neuf deals. C'est presque le total de toute l'année 2025, atteint en moins de la moitié du temps.

À première vue, ça ressemble à un marché en surchauffe, avec un appétit des investisseurs qui s'emballe. Mais la concentration derrière ce chiffre raconte une histoire très différente : 80,3% de ces capitaux sont allés à seulement trois opérations. Les six autres deals se sont partagé les miettes.

Ce n'est pas une dynamique de secteur en croissance large. C'est une dynamique de consolidation autour de quelques acteurs jugés capables de tenir le choc à l'échelle mondiale. Pour les startups en dehors de ce cercle restreint, le capital tailwind n'existe pas vraiment.

WHOOP, Oura et la logique des méga-rounds

Le deal le plus significatif de l'année : WHOOP a clôturé une Série G à 575 millions de dollars en mars 2026, valorisant la société à 10,1 milliards de dollars. Un chiffre qui positionne WHOOP non plus comme une startup wearable mais comme une infrastructure de données biologiques à part entière.

Oura, de son côté, avait levé plus de 900 millions de dollars en octobre 2025. Cette levée continue de structurer son positionnement en 2026 : la bague connectée n'est plus un gadget, c'est un terminal de santé préventive que les assureurs et les acteurs corporate commencent à intégrer dans leurs programmes.

Ces deux opérations à elles seules absorbent l'essentiel de la masse financière disponible. Pour les marques fitness qui cherchent à intégrer ces outils dans leur offre, comprendre que WHOOP et Oura opèrent désormais avec des ressources quasi-illimitées change le rapport de force dans n'importe quelle négociation de partenariat.

Cette tendance à la concentration n'est pas isolée. On la retrouve dans d'autres segments du fitness tech : Mindbody, ClassPass et EGYM ont fusionné pour former un géant valorisé à 7,5 milliards, confirmant que le marché récompense désormais l'échelle avant tout.

L'autre bout du spectre : Hexis et la réalité des petits rounds

À l'opposé exact de ces méga-rounds, Hexis, une startup irlandaise spécialisée dans la nutrition personnalisée et l'intégration de wearables, a levé 2,1 millions de dollars en seed le 22 juin 2026, dans un tour mené par Apex Capital.

2,1 millions face à 575 millions : l'écart dit tout. Hexis propose quelque chose d'intéressant techniquement, une interface entre les données de capteurs (fréquence cardiaque, variabilité, dépense énergétique) et des recommandations nutritionnelles individualisées. Mais dans un marché où les trois leaders captent 80% des fonds disponibles, ce type de startup évolue sans filet.

Pour un coach ou une salle qui envisagerait un partenariat technologique avec ce genre d'acteur, la question n'est pas seulement "est-ce que le produit est bon ?" mais "est-ce que cette boîte sera encore là dans 18 mois ?". La réponse, dans ce contexte de financement, est loin d'être évidente.

C'est une réflexion stratégique que les gérants de salles commencent à intégrer sérieusement. Les outils d'analyse de rétention et les plateformes de gestion de membres, comme ceux qu'on voit émerger dans des acquisitions récentes, montrent que le vrai différenciateur n'est pas toujours le hardware le plus sophistiqué. ABC Fitness le démontre clairement : la fidélisation bat l'acquisition en 2026, et les wearables n'ont de valeur que s'ils s'intègrent dans une vraie stratégie d'engagement.

Les smart glasses : la catégorie qui tient la durée

Un signal à ne pas rater dans ces données : les smart glasses émergent comme la sous-catégorie la plus durable du secteur, avec plusieurs sociétés impliquées plutôt qu'un ou deux acteurs dominants. C'est une dynamique d'écosystème, pas de monopole.

Les fitness bands, elles, restent entièrement dépendantes de rounds au niveau des plateformes établies. WHOOP en est l'exemple parfait. Sans une base d'abonnés massive et une capacité à monétiser la donnée au-delà du hardware, le modèle économique d'un tracker classique ne tient pas face aux marges compressées par les géants.

Pour une marque fitness qui réfléchit à intégrer des wearables dans son expérience client, les smart glasses représentent probablement l'espace où des partenariats moins asymétriques restent possibles. Le marché n'est pas encore verrouillé, les standards ne sont pas fixés, et les startups du segment ont encore besoin d'accès à des bases d'utilisateurs réels.

Les coachs sportifs qui construisent des programmes autour de données biométriques ont d'ailleurs commencé à intégrer cette réflexion. Le coaching hybride est devenu la norme en 2026, et les outils wearables en font partie. Mais les coachs qui réussissent choisissent leurs intégrations technologiques avec une vraie logique de durabilité.

Ce que ça change concrètement pour les marques fitness

La concentration du capital dans les wearables a des implications directes si tu gères une marque, une salle ou un programme premium.

  • Les partenariats avec WHOOP ou Oura ne se négocient plus sur un pied d'égalité. Ces acteurs ont les ressources pour dicter leurs conditions, leurs intégrations et leurs formats de données. Si tu veux travailler avec eux, tu t'adaptes à leur écosystème, pas l'inverse.
  • Les startups en seed ou série A dans ce segment sont risquées à intégrer. Le marché ne finance pas la diversité, il finance les leaders. Une startup avec 2 millions levés peut pivoter ou disparaître avant que ton intégration soit amortie.
  • Les smart glasses méritent une veille active. C'est la catégorie où tu peux encore entrer dans des conversations de co-développement avec des acteurs qui ont besoin de toi autant que tu as besoin d'eux.
  • La donnée wearable n'a de valeur que si tu sais quoi en faire. Intégrer un tracker dans ton offre sans un vrai programme de coaching data-driven, c'est de la cosmétique technologique. Les membres le voient.

Cette réalité rejoint ce qu'on observe dans d'autres segments de l'industrie. L'expansion des réseaux de salles, comme Crunch Fitness qui déploie son concept Crunch 3.0 sur 100 nouveaux gyms, montre que les grandes marques misent sur l'expérience globale plutôt que sur un outil technologique unique. Le wearable s'intègre dans un écosystème, il ne le remplace pas.

Lire entre les lignes des méga-rounds

Quand WHOOP lève 575 millions à 10 milliards de valorisation, la question que peu de gens posent est : pourquoi autant, et pourquoi maintenant ? Les valorisations de ce niveau impliquent une trajectoire de sortie claire, soit une introduction en bourse, soit une acquisition stratégique par un acteur santé ou tech majeur.

Dans les deux cas, les partenaires fitness et wellness actuels de WHOOP devront s'adapter à un nouvel actionnaire de référence dont les priorités ne sont pas nécessairement les leurs. C'est un risque de dépendance réel pour toute marque qui construit son offre data autour d'une seule plateforme wearable.

La diversification des sources de données et des partenaires technologiques n'est pas une option confortable. C'est une nécessité structurelle dans un marché où la concentration du capital signifie que les règles du jeu peuvent changer du jour au lendemain.

Le milliard levé en cinq mois dans les wearables, c'est impressionnant à lire dans un communiqué. Mais pour une marque fitness qui construit sur le long terme, le chiffre qui compte vraiment, c'est ce 19,7% qui reste pour les huit autres acteurs du secteur. C'est là que se trouvent les vraies opportunités de partenariat, et les vrais risques aussi.