HYROX

Roncevic : la séance force que le recordman ne rate jamais

Alex Roncevic, recordman du monde HYROX en sub-52, ne rate jamais sa séance de force à 9 mouvements. Décryptage complet de sa méthode.

Male athlete performing a heavy kettlebell farmers carry with purposeful stride in a sunlit training gym.

Roncevic : la séance force que le recordman ne rate jamais

Alex Roncevic a passé la barre du sub-52 au HYROX. C'est le record du monde absolu, et c'est pas une question de talent brut ou de chance le jour J. Derrière cette performance, y'a une structure d'entraînement très précise, une séance de force hebdomadaire qui revient sans exception, semaine après semaine. Neuf mouvements. Pas un de plus, pas un de moins.

Si tu prépares un HYROX, que tu vises le podium de ta catégorie d'âge ou simplement un premier passage sous la barre des 70 minutes, comprendre ce que fait le meilleur du monde en salle, c'est une source d'information directe. Voilà pourquoi on décortique cette séance en détail.

Pourquoi la force, quand on court autant

Le HYROX, c'est 8 kilomètres de course entrecoupés de 8 stations fonctionnelles. L'erreur classique chez les athlètes qui arrivent du running pur, c'est de négliger la composante force en pensant que le cardio suffit. Bah en fait, non. Chaque station, du SkiErg au Farmer's Carry en passant par les Wall Balls, mobilise des groupes musculaires qui doivent être capables de produire de la puissance à l'état de fatigue profonde.

Roncevic l'a compris très tôt dans sa progression : la force n'est pas là pour remplacer le volume de course, elle est là pour que la course coûte moins cher. Un athlète qui a des ischio-jambiers forts et des fessiers solides va courir avec une économie de mouvement nettement supérieure, surtout dans les kilomètres finaux.

C'est pas une intuition de sportif, c'est ce que confirme la littérature scientifique sur la course de demi-fond : un entraînement de force bien structuré améliore l'économie de course de 2 à 8 % chez les coureurs réguliers. Sur une épreuve de 52 minutes, 5 % d'économie, c'est potentiellement plus de 2 minutes gagnées sans changer un seul paramètre aérobie.

Les 9 mouvements de la séance

La séance de Roncevic est construite autour d'un principe simple : chaque mouvement a une raison d'être directement liée à une station HYROX ou à la mécanique de course. Rien n'est là pour faire joli ou pour "croiser les bras" après une séance de fractionné.

Voici les 9 mouvements, avec leur logique de sélection :

  • Trap Bar Deadlift : le mouvement roi pour développer la puissance des hanches et des ischio-jambiers sans charger la colonne comme le ferait une barre droite. Directement transférable sur le Sled Push et le Farmer's Carry.
  • Bulgarian Split Squat : travail unilatéral indispensable pour corriger les asymétries droite/gauche et renforcer les stabilisateurs de hanche. La course à pied est un sport unilatéral, et les HYROX aussi dans les faits.
  • Romanian Deadlift : cible les ischio-jambiers dans leur course excentrique. Un frein naturel contre les blessures au talon d'Achille et à la cuisse postérieure, deux pathologies fréquentes chez les athlètes HYROX en haute charge.
  • Goblet Squat tempo : squat avec tempo ralenti à la descente (3 secondes minimum). Travaille la mobilité de cheville et de hanche tout en créant une tension mécanique suffisante sans surcharger le système nerveux.
  • Bench Press : développé couché classique. Moins intuitif dans un contexte HYROX, mais déterminant pour le SkiErg et les Burpee Broad Jumps qui sollicitent massivement les pectoraux et les triceps.
  • Dumbbell Row : tirage unilatéral en appui. Renforce le grand dorsal et les rhomboïdes, muscles clés pour maintenir une posture de course efficace après les stations de traction/poussée.
  • Overhead Press : développé épaules debout, sans appui dorsal. Construit la stabilité de l'épaule sous charge, directement utile pour les Wall Balls et les Sandbag Lunges.
  • Pallof Press : exercice de gainage anti-rotation. Travaille la stabilité du tronc dans le plan frontal, souvent négligé mais crucial pour transférer la force des membres inférieurs vers la course sans perte d'énergie latérale.
  • Copenhagen Plank : gainage latéral avancé qui cible les adducteurs et les stabilisateurs du bassin. Un mouvement de prévention autant que de performance, particulièrement utile pour les athlètes qui enchaînent des volumes de course élevés.

La structure de séance est simple : 3 à 4 séries par mouvement, entre 5 et 12 répétitions selon l'objectif de la semaine (force maximale ou hypertrophie fonctionnelle), avec des temps de récupération allant de 90 secondes à 3 minutes selon l'intensité.

L'architecture hebdomadaire : ne pas se fatiguer pour rien

Le défi central pour un athlète HYROX qui court 50 à 70 kilomètres par semaine, c'est de placer la séance de force au bon endroit dans la semaine. Trop proche d'une séance longue ou d'un fractionné intense, et tu accumules une fatigue résiduelle qui plafonne les deux entraînements.

Roncevic positionne systématiquement sa séance de force 48 heures après sa séance la plus intense de la semaine, et au moins 24 heures avant la prochaine sortie qualitative. Cette fenêtre permet une récupération neuromusculaire suffisante pour que la séance de force soit vraiment productive, pas juste subie.

Un autre détail qui compte : la séance dure entre 55 et 70 minutes. Pas 90 minutes, pas deux heures. La durée est volontairement limitée pour éviter l'excès de cortisol en fin de séance, qui peut compromettre la synthèse protéique et ralentir la récupération musculaire. C'est d'ailleurs pour ça que le timing des protéines joue un rôle concret dans la récupération après une séance de force, surtout quand une autre séance suit dans les 24 heures.

La nutrition autour de cet entraînement n'est pas laissée au hasard. Les nouvelles recommandations scientifiques pointent vers une consommation protéique plus élevée qu'on ne le pensait : les données les plus récentes suggèrent de viser 1,2 à 1,6 gramme de protéines par kilo de poids de corps pour maintenir la masse musculaire sous un volume d'entraînement aussi élevé que celui d'un athlète HYROX sérieux.

Comment adapter cette séance à ta catégorie d'âge

T'es pas Roncevic. Et c'est pas un problème. La logique de cette séance est universelle, seules les charges et les volumes changent selon ton niveau et ta récupération.

Pour les athlètes en catégories d'âge (masters 35+, 40+, 45+), deux adaptations principales sont à prévoir :

  • Réduire le nombre de séries : 2 séries au lieu de 4 sur les mouvements lourds (Trap Bar Deadlift, Bulgarian Split Squat) si ta semaine est déjà chargée en kilomètres. La priorité va à la qualité d'exécution, pas au volume total.
  • Allonger les temps de récupération : après 35 ans, le système nerveux central récupère plus lentement entre les séries lourdes. Passer de 2 minutes à 3 ou 4 minutes entre les séries de Trap Bar Deadlift, c'est pas de la paresse, c'est de la physiologie.

Pour les athlètes débutants en HYROX qui arrivent d'un background running, la priorité absolue dans les 8 premières semaines est d'apprendre les patterns de mouvement correctement avant d'ajouter de la charge. Un Bulgarian Split Squat mal exécuté avec 20 kilos, c'est une blessure annoncée. Le même mouvement bien exécuté avec le poids du corps, c'est une base solide.

La compétition HYROX évolue vite, y compris en catégories élite par équipes. Si tu veux situer ton niveau par rapport aux meilleurs du monde, les favoris de la catégorie Doubles Elite pour les Mondiaux de Stockholm donnent une idée claire de ce que représente le niveau d'élite international aujourd'hui.

Ce que cette séance t'apprend sur le HYROX en général

Le choix de ces 9 mouvements par Roncevic n'est pas anodin. C'est une leçon sur la façon dont les meilleurs athlètes HYROX pensent leur préparation : pas de mouvement superflu, pas de volume pour le volume, une logique de transfert direct entre la salle et la piste.

Ce que tu remarques aussi, c'est l'absence de certains exercices populaires dans le monde du fitness fonctionnel : pas de Kipping Pull-Up, pas de Box Jump explosif, pas de complex barbell. Roncevic évite les mouvements à fort coût neurologique qui créent de la fatigue sans apporter de bénéfice direct sur ses stations ou sur son économie de course.

C'est une forme de discipline rare : savoir ce qu'on enlève d'un programme est aussi important que savoir ce qu'on y met. Un athlète qui fait 15 exercices différents par séance en se disant que "plus c'est mieux" va stagner plus vite qu'un athlète qui maîtrise 9 mouvements à la perfection.

La récupération entre les séances, la nutrition de qualité, le sommeil, la gestion du stress chronique : tout ça compte autant que les répétitions effectuées. La performance HYROX au plus haut niveau est une équation complexe, et la séance de force de Roncevic n'est qu'une pièce du puzzle. Mais c'est probablement la pièce la plus sous-estimée par la majorité des athlètes qui préparent cette épreuve.

Du coup, si tu devais retenir une chose : la séance de force n'est pas en compétition avec ton volume de course. Elle est là pour le soutenir. Et neuf mouvements bien choisis, exécutés avec rigueur une fois par semaine, peuvent transformer la façon dont tu tiens dans les deux derniers kilomètres d'un HYROX.