Le private equity mise sur les salles d'Europe de l'Est en 2026
En mars 2026, Enterprise Investors Fund IX a annoncé un investissement allant jusqu'à 20,4 millions d'euros dans 18GYM, une chaîne roumaine de fitness qui opère 37 clubs à travers le pays. C'est pas anodin. C'est le signal le plus clair à ce jour que les capitaux institutionnels regardent désormais bien au-delà de Londres, Paris ou Berlin pour trouver leurs prochains paris dans l'industrie fitness.
Pour les opérateurs qui cherchent à lever des fonds ou à scaler, ce deal est un cas d'école. Voici pourquoi il change les règles du jeu.
18GYM : les métriques qui ont convaincu les investisseurs
On te parle souvent des mastodontes américains et de leurs turbulences. Planet Fitness a perdu 30 % en bourse, Peloton pivote en urgence. Mais pendant que l'Ouest digère ses excès, l'Est construit silencieusement ses fondations.
18GYM a affiché en 2025 une croissance de 40 % de ses membres et plus de 17 millions d'euros de revenus. Ces deux chiffres réunis constituent exactement le profil qu'un fonds de private equity recherche : une croissance organique forte couplée à un modèle économique qui tourne déjà. C'est pas un pari sur une idée. C'est un pari sur une exécution prouvée.
Le fait que la chaîne opère 37 clubs démontre aussi une capacité à dupliquer son modèle sur différents marchés locaux, ce qui est une condition non négociable pour attirer du capital institutionnel à cette échelle.
L'Europe de l'Est : un marché encore largement sous-équipé
Le marché fitness d'Europe de l'Est reste extrêmement fragmenté. Contrairement à l'Allemagne ou aux Pays-Bas où quelques enseignes dominent déjà le marché avec des parts consolidées, la Roumanie, la Pologne ou la Bulgarie sont encore peuplées d'opérateurs indépendants sans structure commune.
C'est précisément ce que les fonds comme Enterprise Investors appellent une "opportunité de consolidation". Et c'est là que la thèse d'investissement devient doublement intéressante.
D'un côté, 18GYM peut ouvrir de nouveaux clubs en organique, sur des zones géographiques où la demande fitness explose. De l'autre, elle peut acquérir des concurrents locaux à des valorisations bien inférieures à celles pratiquées à l'Ouest. Les deux tracks se renforcent mutuellement, et c'est exactement ce que les fonds appellent une stratégie de roll-up.
Cette dynamique rappelle ce que l'on observe dans d'autres segments du marché global, comme la recomposition en cours chez Xponential Fitness, avec des acteurs qui cherchent à consolider des marchés encore morcelés pour créer des entités valorisables à l'échelle institutionnelle.
Le modèle roll-up, importé à l'Est à des valorisations d'une autre époque
La stratégie de roll-up n'est pas nouvelle. Elle a fait ses preuves en Scandinavie avec SATS, au Royaume-Uni avec PureGym, et aux États-Unis avec des dizaines d'opérateurs régionaux absorbés par des plateformes nationales. Ce qui est nouveau ici, c'est le timing et la géographie.
En Europe de l'Est, on est en train de rejouer les années 2010 à l'Ouest : des marchés locaux peu capitalisés, une demande en forte hausse, et un pricing encore très accessible pour les consommateurs. Du coup, les multiples de valorisation auxquels un fonds peut entrer sont structurellement plus bas. Et ça, pour un investisseur institutionnel, c'est de l'alpha pur.
L'acquisition d'une participation minoritaire significative dans 18GYM par Enterprise Investors n'est pas juste un chèque. C'est un ticket d'entrée dans un marché où la consolidation va s'accélérer dans les trois à cinq prochaines années. Les autres fonds vont regarder. Et certains vont suivre.
Pourquoi le fitness attire autant le private equity en ce moment
Le fitness coche plusieurs cases qui font saliver les investisseurs en 2026. Premièrement, le modèle d'abonnement récurrent. Les revenus d'une salle bien gérée sont prévisibles, avec un churn maîtrisable si les opérations sont solides. Deuxièmement, l'optionnalité immobilière : les clubs génèrent une activité qui peut valoriser ou sécuriser des emplacements commerciaux dans des zones à fort passage.
Troisièmement, et c'est peut-être le plus structurant, les démographies fitness restent largement sous-pénétrées dans la plupart des marchés émergents d'Europe. Le taux de pénétration des salles de sport en Roumanie tourne autour de 5 à 7 % de la population adulte, contre 15 à 20 % dans les marchés matures d'Europe du Nord. Bah en fait, t'as encore une decennie de croissance devant toi.
Et ce n'est pas uniquement une question de jeunes actifs. La demande fitness chez les 50 ans et plus explose également, portée par une conscience santé grandissante et des études qui montrent régulièrement les bénéfices de l'activité physique sur la longévité. Un article récent notait d'ailleurs que varier ses entraînements réduit la mortalité de 19 %, un type de donnée qui motive une nouvelle génération de pratiquants à s'abonner.
Ce que ce deal enseigne aux opérateurs qui cherchent des fonds
Si tu gères une chaîne de salles en dehors des marchés saturés d'Europe de l'Ouest ou d'Amérique du Nord, ce deal est ta référence. Pas ton plafond. Ta référence de départ.
18GYM a attiré 20,4 millions d'euros avec 37 clubs et 17 millions de revenus. Ça veut dire que t'as pas besoin d'être présent dans 200 villes pour être PE-ready. T'as besoin de trois choses :
- Des unit economics solides : chaque club doit être rentable ou clairement en voie de l'être avec un calendrier crédible.
- Une croissance documentée : les 40 % de croissance membre de 18GYM, c'est une preuve de demande. Les fonds veulent des métriques, pas des projections.
- Un marché fragmenté : si tes concurrents directs sont des indépendants sans structure, tu peux te positionner comme la plateforme de consolidation. C'est cette narrative qui débloque les tickets institutionnels.
Ce contexte contraste d'ailleurs fortement avec les difficultés observées sur d'autres segments. La crise de rétention que traverse Planet Fitness illustre bien ce qui arrive quand un modèle de croissance agressive néglige la qualité de l'expérience membre. Les fonds ont intégré cette leçon. Ils regardent désormais autant le churn que la croissance brute.
Le risque : importer les erreurs de l'Ouest
La tentation, avec l'arrivée du private equity, c'est d'accélérer trop vite. Ouvrir des clubs avant d'avoir stabilisé l'opérationnel. Sacrifier la qualité de l'expérience membre sur l'autel de la croissance du nombre de sites. C'est exactement le piège dans lequel certains opérateurs occidentaux sont tombés.
Le modèle femmes d'Equinox, par exemple, montre qu'une chaîne peut croître de façon ambitieuse tout en construisant une expérience différenciante. Le pari qu'Equinox a fait sur la santé féminine illustre qu'une stratégie de niche bien exécutée peut coexister avec une logique de scale institutionnel.
Pour 18GYM, et pour tous les opérateurs d'Europe de l'Est qui vont regarder ce deal avec envie, le défi sera de croître en préservant ce qui a convaincu les investisseurs : une base membres engagée, des métriques saines, et une capacité d'exécution locale qui ne se dilue pas dans la complexité d'un réseau trop vite étendu.
La croissance du fitness en Europe de l'Est est réelle. Le capital pour l'accélérer est désormais disponible. La question qui reste ouverte, c'est de savoir quels opérateurs vont saisir cette fenêtre avec la discipline nécessaire pour que le modèle tienne sur la durée, et pas seulement le temps d'un cycle de fonds.