T'as déjà couru sur un lac ? Pas sur la glace, pas sur un ponton flottant. Sur le fond asséché d'un lac qui devrait, normalement, être sous plusieurs mètres d'eau. C'est exactement ce que fait Dakota Jones dans son nouveau projet filmique, Where the Water Was. Et c'est aussi déroutant que ça en a l'air.
Le coureur de trail américain, l'un des plus reconnus de la scène ultra internationale, a décidé d'utiliser ses jambes et son image pour braquer les projecteurs sur une catastrophe environnementale qui se déroule en silence au cœur de l'Utah. Le Grand Lac Salé, autrefois l'un des plus grands lacs d'Amérique du Nord, disparaît. Et Jones veut que tu le saches.
Un film, un lac qui s'efface, une urgence réelle
Where the Water Was suit Jones en train de courir sur le lit exposé du Grand Lac Salé. Ce n'est pas une métaphore. Le lakebed, c'est ce qui reste quand l'eau s'en va. Des étendues de sel, de poussière, de sédiments toxiques. Un paysage de fin du monde à quelques heures de route de Salt Lake City.
Le projet ne cherche pas à faire un documentaire de plus sur le changement climatique. Il cherche à incarner la crise. Jones court là où l'eau était. Chaque foulée sur ce sol aride est une démonstration concrète de ce qui a été perdu. Le trail, ici, devient langage militant.
Ce n'est pas la première fois que Jones prend position publiquement sur des enjeux environnementaux. Mais Where the Water Was représente probablement son engagement le plus abouti, le plus visuel, le plus direct. Et dans une époque où l'attention est rare, ça compte.
73 % d'eau perdue : les chiffres qui font froid dans le dos
Depuis les années 1980, le Grand Lac Salé a perdu environ 73 % de son volume en eau. Soixante-treize pourcents. Pour mettre ça en perspective : le lac a atteint son niveau historique le plus bas en 2022, avec une surface réduite de moitié par rapport à son étendue maximale.
Les causes ? Multiples et bien documentées. La surexploitation des rivières qui l'alimentent, les prélèvements agricoles massifs, et bien sûr des sécheresses de plus en plus longues liées au dérèglement climatique. Le résultat, c'est un écosystème en train de s'effondrer à vue d'oeil.
Le lac accueillait historiquement des millions d'oiseaux migrateurs, des colonies d'artémias (ces petites crevettes d'eau salée absolument essentielles à la chaîne alimentaire de la région), et des écosystèmes microbiens uniques. Tout ça disparaît avec l'eau.
Mais y'a un problème encore plus immédiat pour les populations locales : la qualité de l'air. Le lit du lac asséché libère des poussières chargées en arsenic, en mercure et en autres métaux lourds. Ces particules fines se répandent sur des dizaines de kilomètres. Les habitants de Salt Lake City respirent ce que le lac laisse derrière lui. Bah en fait, courir dans cette région, c'est pas anodin.
Le trail comme tribune : une tendance de fond en 2026
Dakota Jones n'est pas seul dans cette démarche. En 2026, on assiste à une montée en puissance claire d'athlètes de trail et d'ultra qui utilisent leur visibilité pour des causes environnementales. C'est devenu une caractéristique presque structurelle de la culture trail, bien plus qu'une mode passagère.
La communauté trail a toujours entretenu un lien fort avec la nature. Tu cours en montagne, dans les forêts, sur des crêtes. Tu es, par définition, exposé aux espaces sauvages. Du coup, quand ces espaces sont menacés, les coureurs de trail sont souvent les premiers à le sentir et à le dire.
Ce mouvement s'inscrit dans une évolution plus large du sport vers l'engagement. Comme le retour du Marathon de Lille après 31 ans d'absence l'illustre, les événements running reprennent de l'ampleur partout en Europe, et avec eux une conscience collective autour de l'espace urbain et naturel. Les coureurs pensent leur pratique dans un contexte plus large.
Plusieurs marques du secteur outdoor et trail ont d'ailleurs commencé à structurer des programmes d'ambassade militante, où les athlètes ne sont plus seulement des vitrines produits mais des voix engagées. Jones est une figure de proue de cette transformation.
Courir sur un lac asséché : ce que ça fait au corps (et à la tête)
T'es peut-être en train de te demander ce que ça donne, physiquement, de courir sur un lit de lac salé. La réponse : c'est dur, instable, et potentiellement dangereux. Le sol est irrégulier, croûteux par endroits, boueux sous la surface dans d'autres zones. La chaleur réfléchie par le sel peut être intense.
Pour une séance de trail dans cet environnement, la gestion nutritionnelle est capitale. La chaleur, l'altitude relative, et le stress oxydatif lié à la poussière minérale font que le corps est soumis à des contraintes inhabituelles. Si tu t'intéresses à comment optimiser tes apports pendant l'effort, l'article sur le timing des glucides en endurance donne des bases solides pour comprendre comment adapter ta nutrition à des conditions extrêmes.
Mais au-delà du physique, il y a quelque chose de psychologiquement fort dans ce type de démarche. Courir dans un paysage apocalyptique, c'est ancrer la réalité dans le corps. Jones parle souvent de la façon dont ses courses lui permettent de "ressentir" les problèmes environnementaux plutôt que de simplement les lire dans un rapport.
C'est peut-être là le vrai pouvoir du trail : il connecte le mouvement humain à des espaces concrets. Et quand ces espaces sont en danger, le coureur devient témoin. Puis militant.
La communauté trail face à ses responsabilités
Le projet de Jones soulève une question plus large pour la communauté trail mondiale : quel est ton rôle quand les espaces que tu aimes disparaissent ? Est-ce que courir en montagne, dans les déserts, autour des lacs, suffit à en être le gardien ? Ou est-ce que ça implique aussi de s'impliquer autrement ?
De plus en plus de coureurs répondent à cette question par l'action. Des courses organisées pour collecter des fonds de conservation, des partenariats avec des ONG environnementales, des projets comme celui de Jones qui documentent pour alerter. La scène trail de 2026, c'est aussi ça.
Par ailleurs, la diversité des profils qui s'engagent dans la course à pied continue de s'élargir. Des études récentes montrent une progression forte de la pratique sportive dans des populations longtemps sous-représentées. Par exemple, l'explosion de l'activité physique post-partum sur quatre ans témoigne d'un rapport au sport en pleine mutation. De nouveaux coureurs arrivent, avec de nouvelles sensibilités, et ils apportent avec eux d'autres façons de penser la pratique et ses responsabilités.
Cette diversification nourrit aussi l'engagement environnemental. Plus la communauté running est large et variée, plus les causes défendues gagnent en résonance sociale.
Ce que tu peux faire, toi
Le projet Where the Water Was n'est pas conçu pour culpabiliser. Jones est très clair là-dessus. L'objectif, c'est de créer de la conscience, pas de la honte. Voir ces images, comprendre l'ampleur de la perte, c'est déjà quelque chose.
Si tu cours, et surtout si tu cours en nature, t'as probablement déjà un lien fort avec les espaces sauvages. Soutenir des associations de conservation locale, réduire ta consommation d'eau, t'informer sur les politiques de gestion hydrique dans ta région : ces gestes ont du sens, même depuis l'Europe.
Et si tu cherches à optimiser ta performance pour mieux récupérer après des séances longues en conditions difficiles, des recherches récentes suggèrent que certains aliments ont un rôle non négligeable. Les myrtilles et leurs anthocyanes, par exemple, montrent des effets mesurables sur la récupération musculaire et la réduction du stress oxydatif, ce qui est particulièrement pertinent pour des séances en environnements chauds et exposés comme les lits de lac salé.
Dakota Jones court sur un lac qui n'existe presque plus. Chaque foulée est un argument. Chaque kilomètre parcouru sur ce sol blanc et poussiéreux dit, sans mots : regardez ce qu'on a perdu. C'est du trail à l'état pur. Et c'est urgent.