T'as déjà vécu cette séance de trail où tout foire. Les jambes répondent pas, le cardio s'emballe, le chrono est catastrophique. Et là, direct, c'est le coup de massue mental : "Je progresse pas", "Je suis nul", "À quoi bon". Ce spiral-là, c'est le perfectionnisme à l'oeuvre. Et il fait des dégâts.
Toni McCann, trailleuse de haut niveau profilée en octobre 2026, a mis des mots dessus avec une clarté désarmante. Son discours public sur le rejet du perfectionnisme au profit d'un état d'esprit axé sur l'excellence et le processus a résonné bien au-delà des cercles élites. Et c'est exactement ce dont la communauté trail avait besoin d'entendre.
Perfection vs excellence : deux logiques qui n'ont rien à voir
On a tendance à confondre les deux. Bah en fait, c'est presque des opposés. Le perfectionnisme, c'est une logique binaire : soit c'est parfait, soit c'est un échec. Tu rates ton objectif de 30 secondes ? Échec. Tu marches sur un replat au lieu de courir ? Échec. Cette mécanique, elle épuise.
L'excellence, elle, c'est une direction. Pas une destination figée. C'est donner le meilleur de ce qu'on est capable de donner, dans les conditions du moment, avec les ressources du moment. Toni McCann l'exprime exactement comme ça : le processus a plus de valeur que le résultat immédiat.
Cette distinction n'est pas qu'une question de sémantique. Des études sur les athlètes d'endurance montrent que ceux orientés "excellence et processus" affichent une meilleure régularité à long terme et moins de blessures, comparés à ceux gouvernés par le perfectionnisme. La différence est mesurable, concrète.
Toni McCann est loin d'être la seule à emprunter ce chemin. Des histoires comme celle de Paul Wilson, qui a bouclé 160 km sur des béquilles après une reconstruction de jambe, illustrent cette logique poussée à l'extrême : pas de perfection physique possible, mais une excellence d'engagement total.
Le perfectionnisme chez les coureurs : un risque sous-estimé
On parle beaucoup du surentraînement physique, mais le perfectionnisme, lui, c'est un surentraînement mental. Et ses effets sont tout aussi dévastateurs. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : chez les athlètes d'endurance, les profils perfectionnistes présentent un taux d'abandon deux à trois fois plus élevé que la moyenne sur cinq ans de pratique.
Le mécanisme est simple. Dès que la réalité dépasse les standards internes irréalistes, la motivation s'effondre. Le plaisir disparaît. Et sans plaisir dans la pratique, le trail devient une obligation anxiogène plutôt qu'un espace de liberté.
Le risque de blessure suit la même logique. Le coureur perfectionniste ne s'accorde pas le droit de lever le pied quand le corps envoie des signaux. Il force sur une séance ratée plutôt que d'accepter la réalité physiologique du jour. Résultat : tendinopathies, fractures de stress, syndromes de surentraînement.
Y'a aussi un paradoxe cruel dans tout ça : en voulant trop bien faire, on finit par moins bien faire. La rigidité mentale du perfectionniste l'empêche de s'adapter, d'être créatif dans ses choix d'entraînement, de rebondir après un creux. L'excellence, elle, autorise la flexibilité.
Reframer les mauvaises séances : la donnée plutôt que l'échec
C'est peut-être le shift le plus concret que McCann propose. Une mauvaise séance, c'est pas un signe que tu régresses. C'est une information. Elle te dit quelque chose sur ton état de récupération, sur ta nutrition, sur ton niveau de stress, sur la météo, sur mille facteurs qui n'ont rien à voir avec ta valeur en tant que coureur.
Du coup, à la place de "j'ai raté ma séance longue", tu peux te demander : "Qu'est-ce que cette séance m'apprend ?" Tes jambes étaient lourdes ? T'avais peut-être sous-estimé la fatigue accumulée. Tu t'es arrêté plus tôt que prévu ? C'était peut-être le bon choix pour préserver les séances de la semaine suivante.
Ce recadrage, il change tout à la relation que t'entretiens avec ton programme. Tu passes d'une posture défensive à une posture analytique. Et les coureurs qui adoptent cette approche progressent plus efficacement, parce qu'ils utilisent vraiment l'information que leur corps leur donne.
Concrètement, ça peut prendre la forme d'un journal d'entraînement. Pas un journal de performances, mais un journal de sensations et d'apprentissages. Chaque séance, tu notes ce que tu as observé, pas seulement ce que tu as chronométré. C'est un outil simple, mais redoutablement efficace pour sortir du mode "juge" et entrer dans le mode "chercheur".
Objectifs d'effort vs objectifs de résultat : l'équilibre qui change tout
On t'a toujours appris à te fixer des objectifs de résultat. Sub 3h au marathon, top 10 dans ta catégorie, un certain nombre de dénivelé sur la saison. Ces objectifs, ils sont utiles. Ils donnent une direction. Mais utilisés seuls, ils créent une dépendance au résultat qui fragilise ta psychologie de coureur.
McCann préconise de les associer systématiquement à des objectifs d'effort. Pas à la place, en complément. Un objectif d'effort, c'est quelque chose que tu contrôles entièrement : gérer ton rythme sur les montées, rester dans ta zone cardiaque cible pendant 80 % de la sortie, tenir ta cadence de foulée dans les descentes techniques.
Ces objectifs d'effort, ils ont un avantage énorme : t'es pas à la merci des conditions extérieures. La météo est pourrie, le terrain est boueux, ta forme du jour est moyenne. Tes objectifs de résultat trinquent. Mais tes objectifs d'effort, eux, restent atteignables. Et les atteindre nourrit ta confiance, même dans les conditions difficiles.
Si tu prépares une compétition prochainement, consulte les trails d'octobre à ne pas manquer pour identifier tes prochaines échéances et construire des objectifs d'effort adaptés à chaque format de course.
Appliquer la philosophie McCann au quotidien de ton entraînement
La philosophie, c'est bien. Mais comment elle atterrit concrètement dans une semaine d'entraînement normale ? Voilà quelques ajustements simples à intégrer progressivement.
- Remplace le jugement post-séance par une observation neutre. Au lieu de "c'était nul", dis-toi "c'était différent de ce que j'attendais, voilà ce que j'ai appris".
- Fixe des objectifs d'effort pour chaque séance clé. Une sortie longue peut avoir comme objectif de rester en zone 2, pas de battre un record de distance.
- Autorise les séances "suffisantes". Pas toutes les séances ne peuvent être extraordinaires. Une séance qui t'a permis de t'entraîner sans te blesser, c'est une bonne séance.
- Parle-toi comme tu parlerais à un coéquipier. Tu dirais jamais à un ami que sa séance était nulle parce qu'il a couru 30 secondes plus lentement. Applique le même filtre à toi-même.
- Intègre des marqueurs de progression non-chronométriques. Technique en descente, gestion de l'effort sur le dernier tiers de sortie, qualité de récupération entre les blocs intenses.
Ces ajustements, ils demandent de la pratique. L'état d'esprit se travaille exactement comme la condition physique : par répétitions, par séries d'efforts conscients, avec patience.
À noter : certaines recherches de 2026 montrent des liens intéressants entre la pratique physique régulière et la santé mentale, notamment les effets de la musculation sur l'anxiété et la dépression. Le corps et l'esprit s'entraînent ensemble, et prendre soin de l'un renforce systématiquement l'autre.
L'excellence comme pratique durable, pas comme summit à atteindre
Ce que Toni McCann incarne, au fond, c'est une vision du long terme. Le trail, c'est pas un sprint de quelques saisons. C'est une pratique qui peut t'accompagner des décennies si tu la construis sur des bases solides, mentalement autant que physiquement.
Les coureurs qui durent, qui progressent régulièrement sur dix, quinze, vingt ans de pratique, ne sont pas ceux qui se sont infligé les standards les plus durs. Ce sont ceux qui ont appris à aimer le processus d'entraînement lui-même, avec ses hauts et ses imperfections.
Viser l'excellence, c'est choisir de rester dans la course, littéralement et métaphoriquement. C'est se donner les moyens de s'améliorer sans se détruire. C'est comprendre que ta meilleure performance, elle est pas derrière toi parce que t'as raté une sortie. Elle est devant toi, construite séance après séance, avec lucidité et bienveillance envers toi-même.
Pour ceux qui préparent les gros objectifs de fin de saison, la logique vaut aussi pour les phases les plus intenses. Traverser la semaine de charge maximale en marathon demande exactement ce type d'état d'esprit : faire confiance au processus, même quand le corps envoie des signaux inconfortables.
McCann nous rappelle quelque chose d'essentiel : la perfection, c'est une cage dorée. L'excellence, elle, c'est de l'espace pour grandir.