Le trail running grossit à 8% par an grâce aux coureurs sur route
Le trail running n'est plus un sport de niche réservé aux ultra-endurés qui passent leurs week-ends à s'écorcher les genoux sur des sentiers de montagne. C'est devenu un véritable mouvement de masse, avec une croissance de 8% par an alors que le marché global du running stagne à 0,5%. Soit 16 fois plus rapide. Et la source principale de cet afflux ? Les coureurs sur route qui décident, un beau matin, de quitter l'asphalte.
Ce basculement n'est pas un simple effet de mode. Il traduit une transformation profonde de ce que signifie être coureur aujourd'hui, et il commence à poser des questions très concrètes aux organisateurs de marathons et de semi-marathons du monde entier.
8% contre 0,5% : une rupture qui ne trompe pas
Quand un segment d'un marché croît 16 fois plus vite que le reste, c'est pas juste une tendance. C'est un signal structurel. Le trail running attire désormais un flux continu de nouveaux pratiquants, et les chiffres parlent d'eux-mêmes : pendant que les inscriptions aux marathons classiques stagnent dans la plupart des grandes villes européennes et nord-américaines, les listes d'attente pour l'UTMB ou le Marathon des Sables explosent.
Le Marathon des Sables 2026, où El Morabity et Nakache ont encore dominé, illustre parfaitement cette dynamique : l'événement affiche complet des mois à l'avance, avec une demande qui dépasse largement les capacités d'accueil. C'est représentatif de ce qui se passe à toutes les échelles du trail, du 20 km local au 100 miles en altitude.
Ce différentiel de croissance s'explique aussi par le profil des pratiquants. Le trail attire une communauté qui cherche autre chose que la performance chronométrique pure. L'expérience, le paysage, la déconnexion. Des valeurs qui résonnent fort dans un contexte où beaucoup de coureurs urbains arrivent à saturation du bitume et des courses en circuit fermé.
80% de convertis venus de la route
C'est le chiffre qui change tout : environ 80% des nouveaux pratiquants de trail running viennent directement du running sur route. Pas des randonneurs, pas des cyclistes, pas des sportifs qui découvrent l'endurance. Des gens qui chaussaient déjà leurs baskets trois fois par semaine pour avaler des kilomètres en ville ou en stade, et qui ont décidé de changer de terrain.
Cette conversion massive n'est pas anodine. Elle signifie que le trail ne puise pas dans un réservoir vierge de sportifs. Il capte des coureurs qui étaient déjà engagés dans le running, avec leurs habitudes d'entraînement, leurs programmes structurés, leurs repères de performance. Et qui, à un moment donné, ont ressenti le besoin de passer à autre chose.
Les motivations de cette transition sont assez cohérentes d'un coureur à l'autre. La lassitude des formats répétitifs, l'envie de nature, la recherche d'un challenge différent où le chrono compte moins que la capacité à gérer le terrain, la météo, les dénivelés. Bah en fait, beaucoup de coureurs sur route découvrent le trail après une blessure et ne reviennent jamais totalement sur l'asphalte, parce que les surfaces naturelles sont mécaniquement plus douces pour les articulations.
Du côté de l'équipement, cette transition crée une demande très spécifique. Un coureur sur route qui passe au trail n'a pas besoin de repartir de zéro physiquement, mais il doit revoir entièrement sa garde-robe technique : chaussures à crampons, vestes imperméables légères, bâtons, systèmes d'hydratation. Un marché en soi, qui explose proportionnellement à la croissance de la discipline.
Un marché qui attire les investisseurs et les nouvelles marques
Quand une verticale croît à ce rythme, les capitaux suivent. Le trail running est en train de devenir un terrain fertile pour les investisseurs et les entrepreneurs, exactement comme le CrossFit l'a été dans les années 2010 ou comme le fitness fonctionnel hybride l'est aujourd'hui avec des formats comme HYROX. D'ailleurs, si tu t'intéresses aux formats d'endurance compétitifs qui émergent, HYROX Singles est une autre porte d'entrée intéressante pour les coureurs qui cherchent à se challenger autrement.
Dans le trail spécifiquement, de nouveaux acteurs émergent pour occuper les espaces que les marques historiques n'ont pas encore totalement investi. Trailwaves est l'un de ces nouveaux entrants : une marque construite directement sur les codes de la génération de coureurs convertis, avec une communication digitale forte, des produits pensés pour les semi-compétiteurs et une identité de marque qui mise sur la communauté plutôt que sur la performance d'élite.
Ce positionnement est malin. La majorité des nouveaux traileurs ne visent pas le podium de l'UTMB. Ils cherchent une expérience qualitative, un sentiment d'appartenance à une tribu, et des équipements fiables pour des sorties de 3 à 6 heures en autonomie partielle. Les marques qui comprennent ça et adaptent leur offre en conséquence ont un avantage structurel sur celles qui restent ancrées dans le marketing de l'ultra-élite.
Les organisateurs d'événements suivent la même logique. On voit apparaître de plus en plus de formats intermédiaires, des trails de 15 à 25 km accessibles aux coureurs en transition, avec des profils de dénivelé modérés et une logistique allégée. C'est exactement le produit qui manquait pour accueillir les 80% de convertis qui ne sont pas encore prêts pour un 80 km en haute montagne.
Ce que ca change pour les organisateurs de marathons
La question qui fâche, c'est celle-là : si 80% des nouveaux traileurs viennent du running sur route, est-ce que les marathons et semi-marathons vont en pâtir ? La réponse honnête, c'est : probablement, et c'est déjà visible sur certains événements.
Des courses historiques aux États-Unis et en Europe observent depuis plusieurs années une stagnation, voire une légère érosion de leurs inscriptions. Pas suffisamment prononcée pour parler d'effondrement, mais assez significative pour que les directions d'événements commencent à se poser des questions sur leur modèle à 5 ou 10 ans. Et quand on voit que Boston 2026 reste un événement exceptionnel avec Lokedi qui remet son titre, on comprend que les courses premium avec une identité forte résistent mieux que les événements mid-range interchangeables.
La concurrence pour le temps d'entraînement du coureur amateur est réelle. Préparer un trail de 40 km avec 2000m de dénivelé positif, ça demande autant d'investissement qu'un marathon. Et les deux formats sont difficilement cumulables sur une même saison si tu veux les aborder sérieusement. Du coup, beaucoup de coureurs font un choix. Et de plus en plus souvent, ce choix se fait en faveur de la montagne.
Pour les organisateurs de route, la réponse ne peut pas être uniquement défensive. Les événements qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui investissent dans l'expérience globale : village de départ festif, parcours iconiques, services premium, options de distances multiples. Le format marathon classique reste un objectif fort pour des millions de coureurs, notamment pour ceux qui ont la cible du chrono en tête et qui suivent de près les performances comme le record de parcours de Gezahagn à Vienne en 2:20:06. Mais l'événement moyen, sans identité forte, aura de plus en plus de mal à remplir ses dossards.
Un changement d'identité dans la culture running
Au fond, ce qui se joue derrière ces chiffres de croissance, c'est une question d'identité. Pendant longtemps, être coureur signifiait presque automatiquement viser un chrono sur route : finir un marathon, passer sous les 4h, les 3h30, les 3h. Le running sur route avait ses rites, ses référentiels, ses hiérarchies symboliques.
Le trail propose un autre imaginaire. Celui de l'aventurier autonome, du coureur qui gère l'imprévu, qui finit une course les jambes dans le vide mais avec un sourire impossible à effacer. C'est un récit qui séduit énormément, notamment chez les 30-45 ans qui ont souvent déjà coché la case marathon et cherchent un nouveau défi qui dépasse le simple chrono.
Cette évolution culturelle est durable. Elle ne va pas s'inverser. Le trail va continuer à attirer des coureurs sur route, et les marques, les investisseurs et les organisateurs qui anticipent ce mouvement plutôt que de le subir seront en bien meilleure position pour la suite. La question n'est plus de savoir si le trail va continuer à croître. C'est de savoir à quelle vitesse le reste de l'écosystème running va s'adapter.