Un retour qui n'était pas prévisible
En janvier 2026, une nouvelle est passée un peu inaperçue dans le bruit de début d'année, mais elle mérite d'être analysée attentivement par quiconque suit l'industrie des salles de sport : Mark Mastrov, le fondateur de 24 Hour Fitness, a racheté la chaîne qu'il avait créée et vendue 21 ans plus tôt — cette fois avec la société de private equity LongRange Capital à ses côtés.
Ce n'est pas une histoire de nostalgie. C'est une thèse d'investissement précise dans un marché qui se consolide à grande vitesse.
Le contexte : une chaîne qui a failli disparaître
Pour comprendre l'intérêt stratégique de ce rachat, il faut retracer la trajectoire de 24 Hour Fitness depuis 2005. Quand Mastrov a vendu la chaîne, elle comptait environ 420 clubs et 4,5 millions de membres, pour une valorisation supérieure à 1,6 milliard de dollars. Une success story de l'industrie fitness américaine.
Puis le COVID a frappé. En 2020, 24 Hour Fitness a déposé le bilan sous le poids de ses baux et de la fermeture forcée de ses clubs. La chaîne a émergé de la faillite avec environ 240 clubs, concentrés majoritairement dans l'ouest des États-Unis. La marque était toujours debout, mais affaiblie.
C'est cet actif dévalorisé que Mastrov et LongRange ont vu comme une opportunité.
Le profil de Mastrov : un des opérateurs les plus réputés du secteur
Pour évaluer la crédibilité de cette acquisition, il faut regarder ce que Mastrov a fait après avoir quitté 24 Hour Fitness en 2005. En 2009, il acquiert Crunch Fitness, une petite chaîne newyorkaise présente dans quelques villes. En 2025, quand il vend Crunch, la chaîne compte 550 clubs — une multiplication par plus de 100 en 16 ans.
C'est une des trajectoires de croissance les plus impressionnantes de l'industrie fitness américaine. Ce track record transforme le rachat de 24 Hour Fitness en quelque chose de différent d'un simple LBO : c'est un opérateur qui connaît intimement le business, qui sait ce qui génère la croissance dans ce secteur, et qui revient sur une marque qu'il a lui-même construite dans ses fondamentaux.
La stratégie annoncée : rénovations et nouvelles ouvertures
Mastrov revient en tant qu'Executive Chair, aux côtés du CEO actuel Karl Sanft qui reste en poste. La division des rôles est classique dans ce type d'acquisition : l'opérateur historique apporte la vision stratégique et les relations industrielles, le CEO opérationnel gère le quotidien.
Le plan annoncé : utiliser le capital de LongRange pour finaliser les rénovations de clubs existants — beaucoup de clubs 24 Hour Fitness sont vieillissants et n'ont pas bénéficié de grands investissements pendant les années difficiles — et ouvrir de nouveaux clubs. L'objectif est de remettre la chaîne sur une trajectoire de croissance stable dans l'ouest américain, où elle est encore bien implantée et connue.
Ce que ça dit du marché fitness américain en 2026
Ce rachat s'inscrit dans une tendance de fond que l'industrie fitness observe depuis 18 mois : une vague de consolidation et de restructuration qui touche toutes les tailles de chaînes. Workout Anytime a annoncé une stratégie d'acquisition de clubs indépendants pour les convertir à sa marque. Crunch (maintenant vendu) s'étend à travers de nouveaux franchisés. Planet Fitness continue sa progression méthodique.
Dans ce contexte, le retour de Mastrov sur 24 Hour Fitness représente une approche différente : non pas une expansion organique par franchise, mais une reprise en main directe d'une marque établie avec du potentiel non réalisé. C'est le pari que les actifs fitness «distressed» ou sous-valorisés peuvent être remis sur pied par des opérateurs qui connaissent intimement le secteur.
Points de vigilance pour l'industrie
Quelques questions restent ouvertes. La concentration géographique de 24 Hour Fitness dans l'ouest américain est à la fois un atout (marque connue, real estate en place) et une limite (peu de capacité de croissance nationale sans acquisitions supplémentaires ou format hybride). Le modèle économique des grandes salles polyvalentes est également sous pression structurelle face à la montée des studios boutiques et des solutions digitales.
Mastrov connaît ces défis mieux que personne. La question est de savoir s'il a une réponse nouvelle — ou s'il s'appuie sur la même recette que chez Crunch, qui a fonctionné dans les années 2010 mais qui évolue dans un contexte différent en 2026.