Running

Au-dela de 195 miles, les femmes dominent les hommes en course

À 195 miles, la physiologie féminine prend l'avantage sur la masculine. Une recherche explique enfin pourquoi les femmes dominent l'ultra-endurance extrême.

Female ultrarunner mid-stride on a remote mountain trail in warm golden early-morning light.

Au-delà de 195 miles, les femmes dominent les hommes en course

T'as sûrement déjà entendu que les femmes seraient "plus résistantes" sur les très longues distances. Pendant longtemps, c'était surtout une impression, quelques anecdotes, des performances isolées qu'on commentait sans vraiment comprendre pourquoi. Bah en fait, la science commence à mettre des chiffres précis sur cette intuition.

Une nouvelle recherche vient d'identifier un seuil très concret : 195 miles (soit environ 314 kilomètres). C'est la distance à partir de laquelle la physiologie féminine commence à prendre un avantage mesurable sur la physiologie masculine. Pas une vague supériorité, pas un ressenti subjectif. Un avantage documenté, avec des mécanismes biologiques identifiés.

Le chiffre qui change tout : 195 miles

La recherche s'est concentrée sur des coureurs et coureuses engagés dans des efforts d'ultra-endurance prolongés, sur plusieurs jours. Les résultats montrent que jusqu'à environ 195 miles, les hommes conservent un avantage lié à leur puissance aérobie maximale et à leur masse musculaire. C'est le classique.

Mais passé ce cap, le rapport de force s'inverse. Et ce qui est fascinant, c'est que l'inversion ne vient pas d'une seule variable. Elle résulte de la combinaison de plusieurs facteurs physiologiques qui s'accumulent au fil des kilomètres.

Du coup, si tu prépares un 100 miles, tu es encore dans la zone où les différences inter-sexe jouent de façon classique. Mais si tu envisages un multi-jours, un backyard ultra poussé à l'extrême ou une course de plusieurs centaines de kilomètres, les données commencent à dessiner un portrait physiologique très différent pour les femmes.

L'oxydation des glucides : l'arme secrète des femmes

L'un des résultats les plus solides de l'étude concerne la façon dont le corps gère ses carburants énergétiques sur la durée. Les femmes ont maintenu une oxydation des glucides significativement plus stable que les hommes au fil de l'effort prolongé.

Concrètement : le corps continue à utiliser efficacement les sucres comme source d'énergie, sans basculer dans cet état catastrophique que les coureurs appellent "le mur" ou le bonk. Chez les hommes, cette capacité à oxyder les glucides tend à se dégrader plus rapidement, forçant le corps à compenser par d'autres voies métaboliques moins efficaces dans ces conditions.

Ce mécanisme explique beaucoup de choses. Si tu t'intéresses à la nutrition en endurance extrême, tu sais que maintenir un apport glucidique bien assimilé pendant des dizaines d'heures est l'un des défis les plus complexes du sport. La carence en fer chez le sportif d'endurance est souvent citée comme un facteur limitant chez les femmes, mais sur ces ultra-distances, leur métabolisme glucidique représente un atout considérable que la recherche commence seulement à documenter sérieusement.

Force musculaire et effort perçu : deux autres leviers clés

La recherche met en lumière deux autres variables décisives. D'abord, la rétention de la force dans les membres inférieurs. Les coureuses ont préservé leur force musculaire dans les jambes de façon plus durable que les hommes sur des efforts de plusieurs jours.

C'est pas anodin. La perte de force musculaire progressive entraîne des compensations biomécaniques, des altérations de foulée, une augmentation du risque de blessure et une dégradation de l'économie de course. Les femmes semblent mieux résister à cette usure fonctionnelle, ce qui se traduit directement par une meilleure régularité d'allure sur la durée.

Deuxième point fort : l'effort perçu. Les participantes ont rapporté un ressenti d'effort plus stable tout au long de l'épreuve. Chez les hommes, cet indicateur avait tendance à s'emballer davantage, signe d'une détresse physiologique et psychologique croissante. Une perception d'effort plus stable, c'est une meilleure capacité à gérer son allure sans se laisser déborder par la fatigue, ce qui est fondamental dans des courses qui durent plusieurs jours sans interruption.

Ces données sur la force musculaire font écho aux travaux sur l'importance du renforcement musculaire chez les athlètes d'endurance. Si tu veux approfondir ce sujet, la question de résistance numérique vs poids libres pour la force et l'hypertrophie est directement pertinente pour construire une base musculaire solide, capable de tenir sur plusieurs centaines de kilomètres.

Megan Eckert et les 636 miles : la science rejoint le terrain

Ces résultats prennent une dimension particulière quand on les connecte aux performances réelles. Megan Eckert a récemment établi un record mondial en courant 636 miles, soit plus de 1 000 kilomètres. Une performance qui a marqué les esprits dans la communauté de l'ultra-endurance.

Jusqu'ici, on pouvait admirer ce record sans vraiment l'expliquer scientifiquement. Maintenant, on dispose d'une grille de lecture. Eckert est bien au-delà du seuil des 195 miles. Elle évolue dans cette zone où l'oxydation glucidique stable, la rétention de force et la constance de l'effort perçu deviennent des avantages décisifs. Son record n'est plus seulement une prouesse individuelle : il illustre une tendance physiologique réelle.

Et elle n'est pas un cas isolé. Sur les événements multi-jours, les performances féminines se rapprochent, égalent ou dépassent de plus en plus souvent les performances masculines. Ce phénomène qui intriguait les observateurs trouve maintenant une explication biologique documentée.

La scène trail et ultra-distance est d'ailleurs en pleine effervescence autour de ces questions. Les échanges lors de grandes conférences comme Craig Thornley et Sally McRae au US Trail Running Conference montrent que les professionnels du secteur s'interrogent de plus en plus sur la façon dont ces données doivent changer l'approche de l'entraînement et de la compétition pour les athlètes féminines.

Ce que ça change pour ton entraînement et ta stratégie de course

Si tu es coureuse et que tu vises un 100 miles ou un format multi-jours, ces données ont des implications concrètes sur ta préparation. Et si tu es coach, il faut impérativement intégrer ces spécificités dans les programmes que tu construis pour tes athlètes féminines.

Voici ce que la recherche suggère directement :

  • Travailler l'oxydation glucidique à l'entraînement. Des séances longues avec une stratégie nutritionnelle précise permettent d'entraîner le corps à maintenir cette capacité dans la durée. Les femmes ont un avantage naturel, mais il se potentialise avec un travail spécifique.
  • Intégrer du renforcement musculaire ciblé. La rétention de force dans les membres inférieurs n'est pas que génétique. Des séances de renforcement régulières, adaptées à l'ultra-distance, permettent de développer cette résilience musculaire. Une base solide retarde significativement la dégradation de la foulée.
  • Calibrer l'effort perçu comme un outil de gestion d'allure. Apprendre à surveiller et à stabiliser son ressenti d'effort, via des séances à allure contrôlée et des outils de biofeedback, est une compétence qui se travaille. Les femmes semblent y accéder plus naturellement, mais une pratique délibérée l'affine encore.
  • Repenser la stratégie de sommeil et de récupération. Sur plusieurs jours d'effort, la gestion des phases de repos devient aussi tactique que l'allure de course. C'est un levier souvent sous-estimé dans les programmes d'ultra-distance.

Si tu vises des formats longs comme le Marathon des Sables 2027 avec ses deux formats, ces données doivent faire partie de ta réflexion dès la construction de ta préparation, pas seulement à l'approche de la course.

Vers une science du sport enfin inclusive

Pendant des décennies, la physiologie du sport a été principalement étudiée sur des sujets masculins. Les recommandations d'entraînement, les protocoles nutritionnels, les stratégies de récupération : tout ou presque était calibré sur un modèle homme. Les femmes recevaient souvent des conseils adaptés "en proportion", sans vraiment tenir compte de leurs spécificités biologiques.

Cette recherche sur le seuil des 195 miles est un signe que ça change. On commence à regarder la physiologie féminine non pas comme une version appauvrie de la physiologie masculine, mais comme un système distinct, avec ses propres forces, ses propres mécanismes et ses propres domaines d'excellence.

Les ultra-distances ne sont pas un territoire de niche. Avec la croissance des formats d'endurance extrême et l'augmentation du nombre de coureuses qui s'y engagent, ces données vont progressivement redéfinir la façon dont on pense l'entraînement, la nutrition et la stratégie de course au plus haut niveau. Et c'est pas prêt de s'arrêter.