Le retour de Mastrov chez 24 Hour Fitness : ce que ça signale au marché des salles
En janvier 2026, Mark Mastrov a annoncé le rachat de 24 Hour Fitness, l'enseigne qu'il avait fondée et revendue il y a plus de 20 ans. L'opération est menée avec le fonds LongRange Capital. Mastrov reprend le siège de président exécutif, le CEO en place reste à son poste.
Cette transaction n'arrive pas isolément. Elle s'inscrit dans une séquence claire de mouvements financiers majeurs sur le secteur des salles de sport en 2025 et 2026. Et la trame qui se dessine en dit long sur ce que le capital intelligent considère comme rentable.
Le triple pattern 2025-2026
Sur 18 mois, trois transactions structurent le marché. En 2025, Crunch Fitness a fait l'objet d'une recapitalisation majoritaire par Leonard Green & Partners, valorisant la chaîne autour de 1,5 milliard de dollars dette comprise. La même année, EoS Fitness a été racheté par TSG Consumer Partners. EoS exploite plus de 175 sites aux États-Unis. En janvier 2026, Mastrov boucle son retour sur 24 Hour Fitness avec LongRange Capital.
Trois deals, trois fonds différents, mais un dénominateur commun : tous concernent des chaînes high-volume low-price, des modèles HVLP, qui ont survécu et grandi pendant la décennie post-pandémie.
Le message du capital est sans ambiguïté. Les opérations qui valent du chèque à neuf chiffres sont celles qui ont prouvé leur résilience opérationnelle, leur capacité à maintenir un revenu mensuel récurrent stable, et leur résistance à la volatilité économique de la classe moyenne. Les chaînes premium fragmentées et les concepts boutique single-discipline n'attirent pas le même niveau d'engagement institutionnel — une réalité que confirme l'analyse chiffrée des modèles low-cost, premium et boutique en 2026.
Pourquoi le HVLP gagne maintenant
Le modèle high-volume low-price n'est pas une découverte récente. Planet Fitness le pratique à grande échelle depuis 20 ans. Mais ce qui change en 2025 et 2026, c'est la lecture que le capital fait de ce modèle.
D'abord, la résilience post-pandémie. Quand le secteur premium boutique a été ravagé par les fermetures et la concurrence du fitness à domicile, les chaînes HVLP ont retrouvé voire dépassé leurs niveaux d'adhésion pré-2020. Cette donnée n'est plus une projection, c'est de l'historique vérifié sur trois ans.
Ensuite, la durabilité du revenu récurrent. Un abonnement HVLP autour de 10 à 30 dollars par mois est psychologiquement résistant à la pression économique. Le client résilie un abonnement à 200 dollars avant d'annuler un à 25 dollars. Pour un fonds qui modélise la performance sur un horizon de 5 à 7 ans, cette stabilité vaut largement plus qu'une croissance plus rapide mais volatile.
Enfin, la possibilité d'évoluer le format sans perdre la base. Les opérateurs HVLP intègrent progressivement des services additionnels : récupération, classes spécialisées, partenariats nutrition, premium tier optionnel. Le client de base reste, et la marge unitaire monte.
Ce que les fonds cherchent vraiment
Au-delà des modèles HVLP, l'analyse 2026 du capital privé sur le fitness identifie quatre critères de qualification.
Premier critère : revenu récurrent durable. Pas seulement les abonnements actifs aujourd'hui, mais la prévisibilité du revenu sur les 36 prochains mois compte tenu du churn historique et de la croissance organique.
Deuxième critère : unit economics scalables. La marge unitaire par site doit s'améliorer ou rester stable à mesure que le réseau grandit. Les chaînes qui voient leur marge se dégrader avec l'expansion sont éliminées du screening.
Troisième critère : technologie défensive. L'opérateur a-t-il développé une plateforme propriétaire de gestion membre, des intégrations avec wearables et applications, des données comportementales exploitables ? Sans cela, l'actif tend vers la commodité.
Quatrième critère : immobilier qui capte la demande wellness au-delà du tapis de course. Les sites qui peuvent intégrer espaces récupération, salles spécialisées, partenariats nutrition ou télémédecine attirent une prime de valorisation.
Ce que ça change pour les opérateurs indépendants
La plupart des opérateurs de salles ne lèvent pas de fonds privés. Mais le pattern de capital affecte directement les indépendants à travers plusieurs mécanismes.
L'arrivée de Mastrov chez 24 Hour Fitness signale probablement une période d'investissement opérationnel intense. Ouvertures, rénovations, acquisition de chaînes plus petites, intégration technologique. Cette dynamique va fixer un nouveau standard de qualité d'expérience que les indépendants devront suivre s'ils veulent rester compétitifs sur leur zone de chalandise.
Le pricing de marché évolue aussi. Quand Crunch et 24 Hour Fitness optimisent leurs offres avec des budgets capital, l'indépendant ne peut plus s'aligner sur les mêmes prix sans souffrir. La différenciation par la qualité de service, l'expertise des coachs et l'expérience communautaire devient le seul levier viable — tout comme la capacité à retenir ses membres sur le long terme, là où les grandes chaînes peinent encore.
Les transactions sur le marché des coachs sportifs employés en interne par les chaînes vont également bouger. Les chaînes recapitalisées ont les moyens d'investir dans des programmes de formation et de rétention des coachs, ce qui peut soit créer une pression sur les studios indépendants pour attirer les talents, soit ouvrir des opportunités pour ceux qui acceptent de devenir affiliés à un grand réseau.
L'Europe en décalage de phase
Les transactions citées sont principalement américaines. Le marché européen suit une trajectoire similaire mais en décalage. Basic-Fit en Europe continentale et Pure Gym au Royaume-Uni jouent le rôle de leaders HVLP. Les transactions privées de cette ampleur arrivent généralement en Europe avec 18 à 24 mois de retard sur les États-Unis.
Pour les opérateurs européens, l'enjeu est d'anticiper plutôt que de subir. Les modèles qui auront construit leur revenu récurrent, leur technologie propriétaire et leur intégration wellness avant l'arrivée des grands fonds seront en position de négocier. Les autres seront acquis à des multiples défavorables ou perdront simplement leur base de clientèle.
La leçon à tirer
Le retour de Mastrov chez 24 Hour Fitness n'est pas une nostalgie de fondateur. C'est une lecture lucide d'un cycle de marché. Les actifs HVLP avec une bonne exécution opérationnelle, un revenu récurrent stable et une infrastructure technologique défensive valent du chèque institutionnel en 2026.
Pour le secteur entier, le signal est clair. Le fitness en tant qu'industrie n'est pas en déclin. Il se concentre. Les opérateurs qui ne se positionnent pas sur l'un des deux extrêmes du marché mondial du fitness en 2026, celui de l'efficacité scalable ou celui de la spécialisation premium, vont perdre du terrain dans les 36 prochains mois.